
Quelqu’un qui revient de loin, en passant par un chantier d’insertion
À 48 ans bientôt, David vit comme une renaissance. Délinquance, drogues et cases prisons n’ont pas eu raison de sa volonté de (re)devenir un homme. Entraide et Solidarités lui a fait la courte échelle. Respect !
Costaud, souriant, l’œil vif et malicieux, et un bagout de bonimenteur de foire, mais sûrement pas menteur : David Fantasia inspire d’emblée confiance. Ce doit être nouveau car avec son nom de héros de BD et son parcours interlope, il a dû en mystifier plus d’un(e) !
Sa vie d’avant, c’était en région parisienne et son horizon était particulièrement sombre. Un quotidien fait de drogues, et pas des moindres, et d’escroqueries qui l’ont conduit huit fois en prison. Pour se livrer avec autant de facilité, il faut vraiment qu’il ait tourné la page. Le tournant, il le situe en 2022 lorsqu’il est admis « à titre expérimental » parmi… des policiers, au Centre de soins ANAS-Le Courbat (1), au Liège (Indre-et-Loire).
« C’est lors de cette cure de neuf mois qu’une ergothérapeute m’a amené à me découvrir et m’a appris à me respecter » dit-il. Plus qu’aux nombreuses visites aux psychologues, addictologues, etc., c’est à cette femme, Julie, qu’il attribue « un rôle très important. Elle m’a ramené dans mon enfance et j’ai compris ce qui s’est passé ». Une enfance qu’on devine chaotique, et une adolescence en foyer…
Un travail d’équipe
Ce séjour en Touraine s’est prolongé à cause d’une blessure accidentelle qui conduit David d’abord à l’hôpital de Loches, puis durant trois mois à la Chambrerie, notre établissement médicalisé de Tours nord : premier contact avec Entraide et Solidarités. Plusieurs mois plus tard et alors qu’il a séjourné à Amboise puis au Havre, c’est notre service des logements diffus, le Slex (devenu SIAL) qui l’appelle pour lui proposer une colocation. Et plus tard encore, en décembre 2024, la « plateforme insertion » l’oriente vers nos chantiers d’insertion : troisième étape de son parcours à l’Entraide.
Très vite il se sent bien sur le secteur des Espaces verts, où son contrat sera renouvelé tous les quatre mois puis complété par une formation d’ouvrier paysagiste au lycée agricole de Fondettes. Il y fera ce mois de juillet une « valorisation des acquis de l’expérience » car il ne compte pas s’arrêter là, mais vise un CAP puis un Bac pro. Et il repasse le permis deconduire qu’il avait perdu…
Avec la facon de due sans doute à ses origines italiennes, David poursuit : « J’embauche le 1 er juin à la Métropole ! Ils me font confiance malgré mon casier judiciaire parce qu’ils ont reçu de solides recommandations. Et une réhabilitation judiciaire est en cours ». Il en est reconnaissant à ceux qui les ont écrites, ces recommandations, mais ajoute : « tout ça, je suis allé le chercher, je l’ai mérité, j’ai fait beaucoup de démarches seul. Aujourd’hui je suis transparent, acteur de ma vie, et ça me permet d’évoluer… Je ne veux faire la morale à personne, mais si mon exemple peut servir, tant mieux : des soins, du travail, de la volonté ! ». Il n’oublie pas, cependant, le soutien des salariés d’Entraide et Solidarités : « c’est un travail d’équipe, un échange de dix-huit mois. Ils m’ont aussi aidé à rebondir quand ma mère est décédée… ».
Jean-Paul Mercier
Perspectives n°333




